La « Crise des Subprimes » – Oui, mais c’est quoi un subprime ?

Actions pourries, titres douteux, valeurs poubelles, hypothèques à hauts risques, … Je crois que tous les qualificatifs, aussi variés qu’originaux, voire parfois complètement fantaisistes ont été utilisés pour décrire ce que les journaux ont généralement appelé « subprime ». Dans la réalité, seule une partie des créances incriminées ne sont des subprimes. Globalement, les titres en question étaient des créances titrisées.


Les créances hypothécaires titrisées – un produit qui rapportait à tous

  1. Un citoyen lambda veut acheter une maison. Ses avoirs ne permettant pas une telle acquisition, il s’adresse à sa banque qui lui offre un crédit hypothécaire, c’est-à-dire garanti par la maison
  2. La banque, pour offrir du crédit, a besoin d’argent. Elle utilisera à cet effet l’argent déposé par les épargnants, prêté par des créanciers obligataires ou par d’autres banque. Selon les normes de Bâle II, les banques doivent également financer une partie des crédits accordés par les fonds propres dont elles disposent. Les fonds propres nécessaires dépendent du risque de chaque opération (selon estimations de la banque, validées par son organe de révision). Vu ces exigences légales, la banque finit par devoir trouver de nouveaux fonds propres ou arrêter d’accorder de nouveaux crédits
  3. Les investisseurs institutionnels (caisses de pension, fonds de placement, etc.) ont de l’argent à placer. Or pour ces placements, ils ont des objectifs de rendement, difficiles à atteindre avec des placements conventionnels, dont les taux baissent depuis presque 20 ans. Ils recherchent donc des placements alternatifs
  4. La banque d’investissement a pour principale activité traditionnelle le courtage de titres sur les marchés boursiers. Cette activité était fortement lucrative jusqu’au tournant du siècle, lorsque les bourses électroniques ont remplacé les anciennes « corbeilles » et que de nouveaux acteurs ont offert des accès directs au marchés par internet à des prix inférieurs aux courtiers historiques. En parallèle, l’informatique a permis l’accélération de la livraison des informations comptables et partant une exigence toujours accrue sur les résultats à court terme. Les activités historiques devaient donc être complétées par des activités à forte valeur ajoutée (dites d’ingénierie financière), comme la fabrication de produits structurés
  5. Les subprimes répondent à la fois à la problématique de la banque traditionnelle, de la banque d’investissement et des investisseurs institutionnels. Ainsi, la banque traditionnelle vend des créances hypothécaires à une société de portage créée par la banque d’investissement. Et cette dernière met en place un marché pour les parts de la société ainsi créée.
  6. Une véritable industrie se met en place. Ainsi les agences de notation publient des ratings pour les différents véhicules de placement sur le marché, tandis que des assurances sont créées pour couvrir ce risque
  7. L’investisseur institutionnel peut désormais acheter ces produits qui offrent un bon rendement, tout en minimisant le risque, qui est d’une part attesté par d’excellents ratings des agences de notation et d’autre part peut être couvert par des assurances


La mise en place d’une créance titrisée

Lors de la mise en place d’un crédit, les contrats contiennent souvent une clause qui permettent à la banque de céder la créance. Originellement, ceci permettait à la banque d’avoir des garanties à remettre à un établissement concurrent pour se refinancer.

Dans les années 1970, des banques – principalement américaines – ont utilisé ce système pour contourner les exigences en fonds propres. La banque créée ainsi une société de portage à laquelle elle transfère les créances. Ensuite, elle vend les parts de la société à une banque d’investissement qui sera chargée de distribuer les parts aux investisseurs. Ensuite, la première banque est de nouveau en mesure d’offrir de nouveaux crédits.


Que peut-on titriser

Les produits plus courants sont des créances hypothécaires résidentielles ou commerciales. Cependant il existe d’autres types de créances qui étaient fréquemment citées, comme les prêts aux municipalités et les créances de cartes de crédit et les prêts aux étudiants.

Dans les hypothèques, elles sont coupées en tranches : « la prime », qui correspond à un « premier rang » selon l’appellation suisse, le « Alt-A », qui serait un 2e rang et le « subprime » qui correspondrait à un 3e rang, en principe inexistant sous nos latitudes.

Pour augmenter l’intérêt des placements proposés, les tranches peuvent être panachées pour offrir un profil de risque plus ou moins agressif. Il n’est pas rare que de nouvelles sociétés de portage, fonds de placement ou autres viennent se placer entre l’investisseur et la créance hypothécaire.

En bref, il s’agit d’un marché extrêmement complexe, dont la moitié est bien comprise par les spécialistes de la banque d’investissement et dont l’autre moitié est facilement appréhendable par les professionnels du crédit.

Dans les interventions suivantes, nous simplifierons en ne retenant que deux caractéristiques de ces produits, à savoir la nature de leur sous-jacent le plus courant (des créances hypothécaires) et le fait d’être librement négociables sur des marchés boursiers.

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