Pour une banque, il est courant d’externaliser des activités telles que le nettoyage et l’entretien des immeubles ou l’informatique, voire des opérations de back-office. Dans de tels cas de figure, les risques sont généralement assez faciles à identifier. De plus, le recul est tel que l’on peut facilement se fier à des expériences antérieures menées par des établissements concurrents. Ainsi, ces opérations donnent lieu à des études détaillées, avant d’être dûment approuvées. Après parfois quelques erreurs de jeunesse, le projet entre dans les moeurs et devient une simple routine, faisant gagner de l’argent à l’entreprise, mais réduisant souvent le confort des utilisateurs…
Dans la crise dite des subprimes, on assiste à une problématique d’externalisation, qui non seulement n’en portait pas le nom, mais portait sur des activités stratégiquement importantes sur le deuxième plus gros marché d’UBS. Pour rappel, la banque avait deux axes de développement aux Etats-Unis, à savoir la gestion de fortune et les activités de banque d’affaire. Ceci, à l’exclusion expresse des activités de banque de détail, trop onéreuses à mettre en place sur un marché à la fois nouveau et saturé. Alors que les affaires hypothécaires appartiennent généralement à cette troisième activité, force est de constater que c’est principalement ces opérations qui ont mis en péril la banque d’affaires, puis par effet domino, l’ensemble du vénérable Etablissement.
Externalisation à outrance de facto des activités hypothécaires
- Externalisation du risque individuel aux banques prêteuses : le risque intrinsèque à chaque opération de crédit est assumé par la banque prêteuse. C’est donc la politique de crédit de cet établissement qui s’applique, sans aucune influence de celui qui investit dans des créances titrisées et supporte in fine le risque. Cette approche est justifiée par l’achat en bloc d’un portefeuille de crédits, dont le risque est réputé diversifié.
- Externalisation de l’évaluation du risque crédit global à des agences de notation : le choix d’investissement présuppose généralement une analyse du risque et des espérances de gain, ainsi qu’une vérification de l’adéquation du produit avec le profil de l’investisseur. Les créances titrisées faisaient le plus généralement l’objet d’un rating des agences de notation. Or ces titres étaient gérés par des spécialistes du marché obligataire, habitués à se référer à ces agences pour les investissements traditionnels. Aucune raison alors de faire différemment, alors que tout le monde assimilait ces créances diverses à des créances obligataires. Lorsque la crise a éclaté, il est apparu que ces ratings étaient trop généreux, le risque ayant été sous-estimé dans les modèles mathématiques
- Externalisation du risque de portefeuille, sous forme de couverture d’assurance contre les défauts de crédit. UBS était théoriquement couverte contre une grande partie des risques qu’elle avait pris. Or, cette couverture est de facto limitée à la solvabilité de l’institut d’assurance, respectivement de son réassureur. L’activité d’assurance étant fondée sur l’hypothèse que les risques couverts n’ont pas lieu simultanément. Les risques relatifs aux créances titrisées ayant été sous-évalués à tous les niveaux, puis donné lieu à une panique probablement largement exagérée. Ceci a mis en difficulté les assurances, dont le cas le plus célèbre est AIG, et augmenté la vulnérabilité d’UBS. Ainsi, il apparait que la solvabilité de l’assureur devrait être vérifiée avant de signer une police d’assurance, a fortiori pour une multinationale dont le bilan excède régulièrement celui de ses prestataires.
L’externalisation, oui mais de manière contrôlée
Lors d’opérations d’externalisation, il est coutume de réfléchir de manière approfondie aux différents impacts que ceci peut avoir, non seulement en termes de coûts – il s’agit généralement d’économiser sur des processus jugés peu stratégiques – mais également en termes de sécurité, de perte de contrôle des processus, etc.
Une erreur centrale, mais somme toute naturelle, était donc que ces investissements n’ont pas été étudiés sous cet angle. Ainsi, l’analyse de risque propre aux externalisations n’a pas été menée. Force est de constater que les modèles mathématiques, aussi utiles soient-ils, ne suffisent pas à décrire une réalité compliquée dont ils ne sont qu’une simplification – aussi complexe fut-elle.
Les banques – et toutes autres entreprises – devraient prendre le risque d’engager un minimum de personnes ne répondant pas au profil standard draconien fixé par les règles internes de recrutement. Les questions d’apparence saugrenue des « intrus » permettraient alors parfois de détecter certaines failles que ne peuvent plus voir les professionnels aguerris, par ailleurs tous formatés dans les mêmes universités.
Paradoxalement, ceci relèverait d’une prise de risque que les grandes entreprises sont rarement prêtes à prendre. Dommage !
L’externalisation apporte à une entreprise des avantages principalement en coût. C’est vrai que le projet d’externalisation doit faire l’objet d’un suivi. Le contrôle est plus que nécessaire. Comme tout projet, l’externalisation présente aussi des inconvénients qu’il convient de bien étudier.